Lecture alchimique de l'actualité (billet de mauvaise humeur)

Matérialisme, hybris, surchauffe climatique, civilisation de l’inutile, société du spectacle, asphyxie urbaine, pollution intense, massacre de la diversité, qu’elle soit humaine, animale, végétale, minérale, voire culturelle…

Vous en voulez encore ? Il en reste autant que vous voulez, mais mon propos est de vous expliquer que la crise est derrière nous. La crise, c’était avant, une montée paroxystique de la croissance, une obsession pathologique de la complexification et de l’évolution technique, non plus pour améliorer les conditions de vie ou de travail de chacun mais pour justifier la croissance et l’obtention de bénéfices dans un délire concurrentiel dont les consommateurs devenaient plus spectateurs, voire victimes, que bénéficiaires.

Il a été récemment cité (France-Culture, ce mercredi 29 avril 2020) Klausewitz et sa notion du « brouillard de la guerre » qui nous enveloppe actuellement et qui nous empêche de comprendre ce qui nous arrive, et conduit nos dirigeants à agir au coup par coup dans une lutte pathétique. Il nous revient par conséquent de prendre de la hauteur et de nous donner une grille de lecture à infrarouges qui nous permettra de voir.

Et de comprendre. Voici mon propos : de manière inconsciente car c’était progressif, nous avons surchauffé la planète à blanc. Nous étions proches du seuil critique avec la sensation que rien ne pouvait plus arrêter cette montée de température, pour toutes les raisons que l’on sait.

Un bon alchimiste sait à partir de quelle température il doit cesser d’alimenter son athanor. Il faut maintenant comprendre que nous sommes au moment de la réaction et de la mutation, que l’œuvre au Rouge est en cours, et que le moment de la séparation advient.

C’est une crise bien différente qui désormais nous attend. En toute logique alchimique, voici le moment de la cristallisation et de l’apaisement, à condition de conduire correctement l’opération. Or cette dernière est très délicate. Elle peut même se révéler terrible : le fait que le virus nous ait séparés de dizaines de milliers d’humains pourrait tout aussi bien ne pas être le pire au regard de ce qui nous attend, si nous ne nous comportons pas correctement.

Le problème réside dans le fait que la transmutation, pour obtenir quelques onces de pur métal, implique la production d’un déchet important, ce que je traduirais par des destinées brisées, voire des vies sacrifiées de la pire façon. C’est abominable et inquiétant, cela peut faire peur, et c’est à juste titre. Mais c’est ce qui arrivera si on laisse faire les apprentis sorciers, qui sont principalement de deux sortes : ceux qui parlent de « retour à la normale », et ceux qui trouvent leur compte en soufflant sur la braise. Or ces deux comportements sont suicidaires, on le sait au moins depuis 1933, qui a vu l’alliance de ces deux tendances. On peut dire que les deux perdants de la crise du grand confinement sont les rentiers, qui voient les assises de leur activité capitalistique s’effondrer (mais pas les GAFA, malheureusement), et les pauvres qui sont totalement tributaires de ce système.

Je ne donne pas cher de la peau des premiers, mais j’ose espérer que les autres, les plus nombreux, pourront à terme obtenir le juste prix de leurs efforts et le droit d’exister de manière authentique. C’est là qu’interviennent les alchimistes. Que nous soyons alchimistes de métaux, de végétaux ou tout simplement en écriture, il nous revient de gérer cet apaisement qui reste notre seul chemin, sans doute au prix de notre petit confort, de nos mauvaises habitudes, de nos ambitions. Il faudra nous réconcilier avec l’humilité, le travail manuel, l’économie (au sens le plus domestique du terme), peut-être coudre à nouveau nous-mêmes nos vêtements, en tout cas retrouver l’Autre pour réellement échanger paroles, objets et bonnes pratiques.

Nos dividendes : un air pur, un ciel chargé d’étoiles, un silence retrouvé, le spectacle de la vie, et non plus la société du spectacle.

Jacques André

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Ouvrage_440

Gérard Carret

Psychanalyse de l'infect

A PARAITRE A LA FIN DU CONFINEMENT

 

Il reste un bout de chemin à faire pour passer entièrement du mythe à la raison, mais il y a peut-être de l'irréductible dans la psyché humaine.

132 pages

14 €

ISBN : 978-2-7570-0441-8

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